II La Poésie post concentrationnaire

 

 

KOMMANDO

 

" Au premier kommando des wagonnets de glaises,

Sa force vacillait devant ce dur effort,

Son corps penché trop bas, ses mains mal à leur aise

Décelaient le penseur, mais non pas l'homme fort.

 

Dans l'enclos barbelé se terrait la baraque,

A cinq pour deux châlits, le pou pour compagnon,

Je craignais qu'au moral quelque chose en lui craque,

Tombe son flux nerveux, faiblisse sa raison.

 

Dès lors, le kommando lia nos existences,

La tâche demandait l'effort démesuré,

Le travail surveillé prenait des exigences ;

Se sachant entouré, nous l'avons rassuré.

 

Malgré notre amitié, tout esprit secourable,

Sa santé déclinait, sa peau s'émaciait,

Sa fierté du début n'était plus comparable

Et son corps décharné lentement se vidait.

 

Je ne voyais en lui qu'un regard, cette flamme

Qui brillait par instants dans ces yeux caverneux,

Semblait dire : "Tu vois! pas de corps! mais une âme!"

C'est elle qui tiendra, je le crois! Je le veux! "

 

( Témoignage de Serge Léopold Camman. Déporté résistant au camp de Neuengamme).

 

 

            Dans ce poème, Serge Léopold Camman témoigne du misérable sort des détenus des camps de concentration. Il parle des durs travaux que les déportés étaient obligés d'accomplir. Il parle aussi des conditions misérables dans lesquelles ils vivaient.

Il met surtout en avant qu'il a assisté à la déchéance d'un de ses ami. Il le voyait peu à peu mourir, son corps devenait de plus en plus inhumain. Mais malgré le physique répugnant de son ami, il distinguait en lui une farouche volonté de vivre. Les nazis avaient peut-être réussit à tuer son apparence mais il ne réussiraient pas à tuer son âme.

           

            Les poèmes de Serge Léopold Camman ainsi que beaucoup d'autres témoignages, nous montrent que durant leur incarcération, pour survivre, certains déportés ont du procéder à une dissociation de leur être. Leur corps travaillait, souffrait et n'était plus qu'une enveloppe. Mais ils cultivaient au plus profond d'eux-mêmes leur dignité et leur humanité, afin qu'ils puissent de nouveau penser comme des hommes et non comme des bêtes.

 

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